Le tissu vocal de José Cura est une magnifique terre de contrastes : fils de velours, soie et jute entrelacés, alliage puissant de l’imposant , de la légèreté et de la robustesse.
C’est aussi un volcan au magma généreux mais aux flancs alanguis, comme sous un soleil à son zénith.
Le parfum de ce chant est unique, dont chaque effluve, d’ambre et de lys mêlés, laisse la certitude d’une rencontre musicale remarquable.
L’émission est précise, le legato solide et le phrasé châtié.
Le Canio et l’Otello de José Cura demeurent gravés en moi.
Son Canio et le désespoir incommensurable dans les notes de son « Vesti la giubba ». Son Canio qui fait pleurer.
La saisissante musique de son Otello, dont la faiblesse intérieure n’a d’égale que sa force physique, dont la violence explosive côtoie une infinie tendresse. Interprétation troublante de justesse, de vérité.
Dans son chant -comme dans ses entretiens- José Cura est profondément authentique.
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- Dépôt SACD n°277418 -
vendredi 7 août 2015
LA TRAVIATA de Verdi, mes. Dmitri Tcherniakov - Milan/La Scala/07.12.2013/Arte -
De Giuseppe Verdi, livret de Francesco-Maria Piave,
Ouverture de La Scala, le 7 décembre 2013, sur Arte.
Pas si moderne que ça, La Traviata « façon Tcherniakov » ! Pas iconoclaste pour un sou et ne méritant pas, in fine, huées et sifflements.
La Traviata par Tcherniakov c’est avant tout une Violetta qui choque, mais séduit, parce que sans fragilité. Femme mûre, forte, dure, à la sensibilité révélée sur le chemin de sa mort. La qualité de cette mise en scène réside dans l’intensité de la « progression-destruction » de Violetta.
« Oh come son mutata » -Acte III- Prodigieuse Diana Damrau ! Sa transformation, de jeu et de chant, est constante d’acte en acte. Amoureuse de son rôle, gourmande de son art, Diana Damrau irradie la scène d’un son idéalement pur et rond.
Son Alfredo/Piotr Beczala a la voix magnétique : timbre plein, palpable, chaud. Sa brillante prestation rend incompréhensibles les huées qui l’accueillent au final. L’Alfredo de Piotr Beczala reste le romantique, l’amoureux fou dépeint par le livret initial. Par son chant, Beczala parvient -et tant mieux- à gommer les contours du personnage voulu par Tcherniakov, qui semble rechercher un Alfredo plus lâche, plus infantil et plus grand bourgeois rigide qu’amoureux de Violetta.
Force est de constater que Tcherniakov détricote lui-même la crédibilité et l’impact de sa mise en scène. Par ses obsessions : la poupée bleue, le camélia rouge qui voyagent sur scène, le lustre central, totem qu’il nous impose trop régulièrement -dans Macbeth, Don Giovanni et Traviata !-…Par son humour , sans grâce ni légèreté, à travers certains comportements et accessoires : l’hyper activisme d’Alfredo au II, à l’annonce du départ de Violetta, la boîte de gâteaux au III, cadeau à Violetta mourante…Et j’en passe…
N’oublions pas le noble phrasé verdien du Giorgio Germont de Zeljko Lucic, belle voix pour Rigoletto, une Mara Zampieri touchante en Annina, étoile filante soutenant l’étoile Damrau, des comprimari et un chœur de qualité, Daniele Gatti et l’orchestre de La Scala dans une lecture déchirante et incisive.
Par bonheur, il existe des gardes-fou à l’expansion de l’ego tcherniakovien : l’excellent plateau vocal, cette direction musicale sensible et la partition de Verdi, éternelle Traviata, dont les pouvoirs sonores et affectifs engloutissent -en fin de compte !- les élucubrations hasardeuses de cette mise en scène, la rendant somme toute assez acceptable.
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Ouverture de La Scala, le 7 décembre 2013, sur Arte.
Pas si moderne que ça, La Traviata « façon Tcherniakov » ! Pas iconoclaste pour un sou et ne méritant pas, in fine, huées et sifflements.
La Traviata par Tcherniakov c’est avant tout une Violetta qui choque, mais séduit, parce que sans fragilité. Femme mûre, forte, dure, à la sensibilité révélée sur le chemin de sa mort. La qualité de cette mise en scène réside dans l’intensité de la « progression-destruction » de Violetta.
« Oh come son mutata » -Acte III- Prodigieuse Diana Damrau ! Sa transformation, de jeu et de chant, est constante d’acte en acte. Amoureuse de son rôle, gourmande de son art, Diana Damrau irradie la scène d’un son idéalement pur et rond.
Son Alfredo/Piotr Beczala a la voix magnétique : timbre plein, palpable, chaud. Sa brillante prestation rend incompréhensibles les huées qui l’accueillent au final. L’Alfredo de Piotr Beczala reste le romantique, l’amoureux fou dépeint par le livret initial. Par son chant, Beczala parvient -et tant mieux- à gommer les contours du personnage voulu par Tcherniakov, qui semble rechercher un Alfredo plus lâche, plus infantil et plus grand bourgeois rigide qu’amoureux de Violetta.
Force est de constater que Tcherniakov détricote lui-même la crédibilité et l’impact de sa mise en scène. Par ses obsessions : la poupée bleue, le camélia rouge qui voyagent sur scène, le lustre central, totem qu’il nous impose trop régulièrement -dans Macbeth, Don Giovanni et Traviata !-…Par son humour , sans grâce ni légèreté, à travers certains comportements et accessoires : l’hyper activisme d’Alfredo au II, à l’annonce du départ de Violetta, la boîte de gâteaux au III, cadeau à Violetta mourante…Et j’en passe…
N’oublions pas le noble phrasé verdien du Giorgio Germont de Zeljko Lucic, belle voix pour Rigoletto, une Mara Zampieri touchante en Annina, étoile filante soutenant l’étoile Damrau, des comprimari et un chœur de qualité, Daniele Gatti et l’orchestre de La Scala dans une lecture déchirante et incisive.
Par bonheur, il existe des gardes-fou à l’expansion de l’ego tcherniakovien : l’excellent plateau vocal, cette direction musicale sensible et la partition de Verdi, éternelle Traviata, dont les pouvoirs sonores et affectifs engloutissent -en fin de compte !- les élucubrations hasardeuses de cette mise en scène, la rendant somme toute assez acceptable.
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LES CONTES D'HOFFMANN d'Offenbach, mes. Richard Jones - Munich/12.2011/ArteLiveWeb -
De Jacques Offenbach, livret de Jules Barbier, à Munich/12.2011/sur ArteLiveWeb.
Le « son-Offenbach » des Contes d’Hoffmann distille une mélancolie profonde, permanente et sotto voce. Dimension non intégrée par Richard Jones dans sa mise en scène de Munich. Il a gardé l’humour -et le grinçant- mais pas le désespoir. R. Jones a dénaturé cet opéra.
Les qualités interprétatives du plateau vocal sont gâchées par une esthétique scénique d’un volontaire et immense mauvais goût, surligné par un éclairage violent et assassin. Pauvres Rolando Villazon et Diana Damrau, entre autres ! Mais que diable allaient-ils faire dans cette galère ? Immergés dans tant de laideur, leurs prestations vocales ont le goût de l’effort et leurs personnalités respectives semblent étrangères à la monstruosité ambiante. Les sensations auditives sont parasitées et défigurées par ce théâtre cauchemardesque. Pourtant Richard Jones nous a donné au Royal Opéra House un très fort Trittico de Puccini…Si quelques gags sont parvenus à me faire rire, dans ces Contes, j’ai sérieusement regretté la mise en scène si fine de Robert Carsen, à l’Opéra-Bastille en 2010.
Performances vocales mises à part, je considère comme une erreur fondamentale l’utilisation d’une seule cantatrice, ici Diana Damrau, pour les trois rôles d’Olympia, Antonia et Giulietta, plus celui muet de Stella. L’incarnation de ces quatre femmes par une seule ramène à la vraisemblance, à une banale réalité, ce qui doit rester mystère, fantastique, dans ces Contes d’Hoffmann. L’oeuvre perd ainsi sa substance de conte, son noyau vital. Imaginaire et musique s’en trouvent appauvris. Dommage !
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HAMLET d'Ambroise Thomas, mes. Olivier Py - Bruxelles/La Monnaie/streaming, 12/2013 -
A La Monnaie, en streaming, décembre 2013, un exceptionnel Hamlet d’Ambroise Thomas. Forces magiques, fruits d’une synergie rigoureuse entre les différents arts présents. Musique et chant d’une modernité absolue, au naturel d’interprétation évacuant toute emphase pesante et sculptant radicalement la vigueur du drame. Théâtre portant la musique et les voix dans des images et des sentiments traversant les siècles.
Les fantastiques décors de Pierre-André Weitz évoquent pour moi les gravures de Maurits Cornelis Escher (1898/1972, Maisons d’escaliers, Relativité, Haut et bas, Concave et convexe) : précision extrême des lignes et mouvements envoûtants. Dans cet univers si noir d’escaliers monumentaux, de voûtes, colonnes et souterrains, la beauté des lumières de Bertrand Killy -surtout les blanches !- rehausse l’architecture de Weitz et dévoile, parfois brutalement mais divinement, les folies dévastatrices des âmes.
Sobriété et simplicité dans la gestuelle et les déplacements, mais recherche d’une expressivité extraite des profondeurs du chant, Olivier Py met en scène admirablement un plateau de chanteurs-acteurs « allumés ».
Tout simplement génial, Stéphane Degout en Hamlet délivre un chant accompli et serein. La voix s’est élargie, le jeu s’est épuré, on peut voir la différence avec la même mise en scène/Vienne/2012/sur YouTube. A chaque instant on s’émerveille du phrasé, de la diction, ou encore du style.
« Voix soeurs » pour Hamlet et Ophélie, proches par la concentration du son, par la densité constante de l’émission. A écouter dans leurs duos « Doute de la lumière… », puis « Allez dans un cloître, allez Ophélie… »
Olivier Py a voulu la blancheur -manichéenne ?- pour son Ophélie et Lenneke Ruiten l’a habitée d’innocence et de résignation. Ses airs « Adieu dit-il, ayez foi… » et « A vos jeux mes amis… », vidés de tout désir charnel, n’en sont que plus hallucinants. Son registre aigu est d’une aisance et d’une richesse remarquables.
Sylvie Brunet-Grupposo, Reine Gertrude vénéneuse et infernale, brûle d’un engagement total et passionne de bout en bout. Seul bémol, elle semble parfois à la limite de ses possibilités vocales. Comme toujours, Vincent Le Texier est un chanteur-acteur sincère et généreux. Son Claudius sonne profondément juste. Rémy Mathieu/Laërte a un joli brin de voix, à suivre ! Les comprimari et les Chœurs de La Monnaie sont impeccables.
Marc Minkowski, notre griot blanc, insuffle une vie nouvelle à cet Hamlet. Ce chef, anciennement dansant, a su importer cette dynamique vivifiante, ce « rythme organique » (Paavo Järvi/Diapason/01.2014) qui viennent de son vaste passé de baroqueux. Toute partition du XIXème français, touchée par la grâce de sa baguette, trouve énergie et relief.
L’intelligence et les intenses qualités artistiques de cette production nous ouvrent les portes de l’Hamlet d’Ambroise Thomas, celles d’une musique où chaque note crée du théâtre.
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LUCREZIA BORGIA de Donizetti, mes. Guy Joosten - Bruxelles/La Monnaie/streaming, 03/2013 - LA BORGIA RENAISSANCE -
Fascinant Lucrezia Borgia de Donizetti (en streaming sur le site de La Monnaie de Bruxelles/03.2013) ! Un Donizetti entêtant, envoûtant, musc et ambre mêlés, servi par un plateau vocal ardent, le cœur dans la voix. Cela malgré une mise en scène inégale.
Les univers choisis par Guy Joosten (metteur en scène), fête foraine et cirque, s’emparent efficacement de cette œuvre, MA… l’on se prend à rêver d’ambiances du Caravaggio, comme les portraits du « Fanciullo con canestro di frutta» pour Gennaro ou du « Bacchus malade » pour Maffio Orsini. Le Caravage colle à la peau de Lucrezia Borgia, temps historique, monde cruel, obscur et orgiaque et enfin, comme sur la planète belcantiste donizettienne, peintures d’affects exacerbés, contrastes ingénieux et récurrents.
Néanmoins on est littéralement pris aux tripes et l’on y revient quotidiennement à ce Lucrezia Borgia au Cirque Royal de Bruxelles. Ici, la performance vocale devient évidence.
Silvia Tro Santafe/Maffio Orsini resplendit d’entrée dans son premier air « Nella fatal di Rimini » -moins connu mais aussi captivant que « Il segreto per esser felice »- Belle concentration d’harmoniques pour une densité sonore optimum, précision et dynamique dignes d’une Fiorenza Cossotto. Feu et velours, douceurs d’ocres brunes, caressantes moirures cerise, profondeur d’aigue-marine et lumière d’émeraude, le timbre de Tro Santafe, entre glorieux suraigus et graves androgynes, se consume.
Difficile de ne pas succomber au Gennaro de Charles Castronovo ! Sa musique, naturelle, son personnage, juste et équilibré. Castronovo savoure immensément le phrasé donizettien, en épouse totalement les vibrations romantiques. Son instrument s’épanouit, « se kaléidoscope ». Quel régal ! Après un Vincent/Mireille/2009/Garnier et un Alfredo/Traviata/2012/Aix nettement moins convaincants.
Quelle fougue, quelle vaillance dans le Don Alfonso de Paul Gay ! -bien qu’il n’y semble pas complètement à l’aise- Son baryton-basse allie, avec bonheur, simplicité et séduction d’une ligne toute mozartienne à des couleurs véhémentes et verdiennes.
La vocalise à fleur de peau, la sensibilité pour ancrage, la technique comme fondation, la sincérité pour ligne force, le don de soi comme philosophie, enfin, le chant pour la vie, Elena Mosuc nous emporte dans sa Lucrezia Borgia, oscillant entre femme et monstre. Mosuc s’élève au rang de ses prédécesseures, grandissimes tragédiennes et éminentes virtuoses.
Ce quatuor de « primari » signe « la Borgia renaissance », balayant d’un revers vocal tout ce qui peut paraître conventionnel à nos oreilles du XXIème siècle, insufflant une vie insolente, généreuse, perpétuelle à cette partition si injustement délaissée par les scènes lyriques.
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jeudi 6 août 2015
IL TURCO IN ITALIA de Rossini, mes. Christopher Alden - Aix/11.07.2014/Arteconcert -
Il Turco in Italia (Rossini) du Festival d’Aix/2014 a jeté l’ancre au Théâtre de l’Archevéché pour la réjouissantissime représentation du 11 juillet, sur Arteconcert.
Quid de la mise en scène de Christopher Alden ? « Marthalérienne » (di qua), « rien » (di la),
« jubilatoire » (si, si ! ), « potache » (aussi), « intelligente » (ah oui ! ). Ainsi gazouillent nos gazettes… Permesso ! La direction d’acteurs de C.Alden est soignée aux petits oignons et domine l’ensemble de cette production. Le cocon esthétique dans lequel s’ébattent nos trublions rossiniens en devient presque secondaire tant nous sommes happés par la force de leurs personnages.
Le plus épatant est le Prosdocimo de Pietro Spagnoli, incontournable fil conducteur de cette affaire. C’est le poète en mal d’inspiration qui tire des évènements autour de lui le texte du dramma buffo qui lui a été commandé, tout en s’autorisant à orienter l’avenir de ses héros bien réels. Tout de silence et de chant, de mime et de contemplation, les mains volant dans les airs ou en rythme sur sa petite machine à écrire (qui ne fait pas de bruit sur Arteconcert !), le regard toujours en éveil, un corps très expressif, P.Spagnoli nous embarque dans ses élucubrations d’écrivain, musicien impeccable et grand comique. Son compère en « italianità » est « THE » maestro di sillabato, l’inusable et encore frais Alessandro Corbelli, ici Don Geronio. C’est toujours par le sérieux le plus invraisemblable que A.Corbelli se transforme en buffo absolu pour nous surprendre. Mais le turco un beau jour débarque. Le Selim de Adrian Sâmpetrean a tout du beau gosse de banlieue. Pourtant son ramage vaut largement son plumage. Toute la technique du séducteur rossinien dans les notes et dans le jeu. « Bella Italia alfin ti miro » et « Perchè una fiamma insolita » (ActeI/ScèneVI) nous révèlent les profondeurs d’un timbre sombre et grisant. La Fiorilla d’Olga Peretyatko ne s’y est pas trompée, elle qui, délaissant son barbon de mari Don Geronio, poursuit notre turc de ses charmes irrésistibles. Œil vif, aigus assassins, rubato de la hanche, sexy-épanchements, vocalises con fuoco, Olga brûle coeurs et planches de son Rossini décapant. Narciso/Lawrence Brownlee soupire après la belle Fiorilla, qui ne fait pas cas de lui. Ici, Narciso est un malade mental léger dont le haut du corps reste voûté et figé dans ses déplacements. Chanter ce rôle dans une telle mise en scène s’avère difficile, la position corporelle demandée n’étant pas recommandée pour un buon canto. L.Brownlee relève le défi et nous émerveille par sa saisissante incarnation. Parfois on remarque tout de même moins de brillance et d’insolence dans la voix qu’à l’accoutumée. Et c’est finalement la plus moche de tout le quartier, Zaïda/Cecelia Hall, qui fait chavirer le cœur du beau gosse Selim. Joli mezzo, semblant manquer de confiance en elle, C.Hall s’améliore nettement au cours de la représentation. L’enthousiaste Albazar de Juan Sancho, soupirant délaissé par Zaïda, nous touche par ses talents scéniques, malgré une technique vocale encore jeune. Zingari et Coro, l’Ensemble Vocal Aedes fait montre d’un métier solide.
Mis à part quelques décalages vite surmontés, Marc Minkowski et les Musiciens du Louvre/Grenoble nous délivrent un Rossini bien balancé. Mille sentiments, rondeurs, couleurs, pointes d’ironie, mais manque un zeste de légèreté.
Un DVD me semble indispensable, essentiellement pour l’excellence des chanteurs-acteurs.
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LE BARBIER DE SEVILLE de Rossini, mes. Coline Serreau - Paris/Bastille/10.06.2012 -
Rossini ne supporte pas la médiocrité, jamais et sous aucune forme. Un plateau de chanteurs de base virtuose y est requis. Et c’est déjà cette maîtrise du chant rossinien qui transporte. Lorsque viennent s’y rajouter une mise en scène complice et une direction musicale raffinée, j’exulte ! Ce dimanche 10 juin 2012, à l’Opéra-Bastille, Le Barbier de Séville était enchanteur, irrésistible, buffissimo !
Marco Armiliato à la baguette nous a servi une ouverture aux nuances exquises, dispensées par un Orchestre de l’Opéra National de Paris bien décidé à nous séduire d’entrée de jeu. Légèreté, précision sonore et vélocité d’exécution ont fait ressurgir en moi cette image de Giovanni Antonini du Giardino Armonico : « Il faut penser la musique comme des rubans qui s’élancent vers le ciel », Classica/02.2010/Olivier Bellamy.
La mise en scène de Coline Serreau, elle, se fond dans Rossini, c’est ce qui fait sa force. La débauche de couleurs, leur luminosité, la profusion des ornements arabo-andalous des décors de Jean-Marc Stehlé et Antoine Fontaine font sans cesse écho à l’élégante et chatoyante dentelle des notes. Les scènes d’ensemble sont particulièrement bien exécutées et désopilantes. Entre burlesque et humanité, chaque personnage est bien dosé. Ce qui n’est pas sans rappeler le jeu d’acteurs du film « Trois Hommes et un couffin », marqueur de la Coline Serreau’s touch ! L’apparition des portraits de Rossini et Beaumarchais au moment des applaudissements est un hommage formidable et une idée à pérenniser.
Et quel cast de choc ! Après un Valentin passionnant (Faust), et un Silvio plutôt fade (Pagliacci), le baryton Tassis Christoyannis fait ici merveilles dans un Figaro attachant. Le Conte di Almaviva d’Antonino Siragusa virevolte de pianissimi impalpables en vocalises-mitraillettes, pour finir par un « Cessa di più resistere » fulgurant, ballon de football aux pieds. Timbre sombre et confortable, sillabato parfait, Maurizio Muraro est un Bartolo impressionnant. Son compère, Carlo Cigni en Basilio, n’est pas en reste, belle « Calunnia ». L’ « aria di sorbetto » de Berta/Jeannette Fisher, « Il vecchiotto cerca moglie » est transformé en air smurfé, détonant, digne d’une grande comédie musicale. Quant à la Rosine de Karine Deshayes, c’est la voix du bonheur, un bonheur gourmand, à la jeunesse insolente, à l’appétit de vivre démesuré. Longue vie à ce radieux instrument, à la pâte pulpeuse et tonique d’une extrémité à l’autre de sa tessiture !
Le Barbier de Séville est, paraît-il, une des opéras les plus représentés au monde. Quoi de plus normal, car « Barbier » est un élixir, une potion magique balayant les ombres infernales de la tristesse pour initier à la jubilation.
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