jeudi 23 juillet 2015

LA TRAVIATA de Verdi, mes. Benoît Jacquot - Paris/Bastille/07.06.2014 et 14.09.2014 -

 LA TRAVIATA / mes. Benoît Jacquot

De Giuseppe Verdi, livret de Francesco-Maria Piave,
Opéra-Bastille, représentation du 07.06.2014 et Culturebox.

   Prélude saisissant du premier acte de La Traviata à l’Opéra-Bastille le dimanche 7 juin 2014. Dès leur premier chant legatissimo, les cordes de l’Orchestre de l’Opéra National de Paris, prophètes du malheur de Violetta, nous plantent une peine sourde, une intranquillité lancinante dans le cœur. Daniel Oren, d’emblée et pour tout le reste de l’interprétation, écarte pathos et affèterie, impose une clarté incisive dans le discours musical, relevant la gravité du drame.
Acte II/ScèneII, Diana Damrau entame « Dite alla giovine… » et je frissonne de pied en cap. Merveilleurse artiste. Emotion et perfection technique s‘unissent. La musique de Damrau est habitée des sanglots désespérés d’une Violetta lucide sur sa mort prochaine. Tel un écho à son âme, le « Si piangi, o misera… » de Giorgio Germont/Ludovic Tézier et toute la fin du duo Damrau/Tézier resteront pour moi l’acmé de cette représentation.
A l’instar de Diana Damrau, Ludovic Tézier est un chanteur exceptionnel. De pouvoir paternel en rigidité intérieure, de conservatisme religieux en bienséante compassion, Ludovic Tézier appuie les mœurs monstrueuses du vieux père Germont sur sa canne de marche. Quelle maturité acquise depuis Aix/2011 dans ce même rôle !
Francesco Demuro est un fort bel Alfredo. Rinuccio enchanteur (Gianni Schicchi/ROH/2011), Ernesto très talentueux (Don Pasquale/TCE/2012), cette voix jeune, homogène, à la projection sûre, toujours bien couverte, jamais artificiellement grossie, va de toute évidence s’élargir dans les années à venir. S’il paraît un peu appliqué au I, il convainc crescendo et se donne totalement à la fin du II, au moment de la fête chez Flora, lorsqu’il paye Violetta pour ses « services rendus ». Artiste à suivre !
Seconds plans et Chœur superlatifs, comme toujours pendant l’ère Nicolas Joël.
   Si le Werther, mis en scène par Benoît Jacquot, (vu à Bastille en 2010) est d’essence cinématographique de par le tempo de l’action, sa Traviata est purement photographique. Benoît Jacquot y a troqué sa caméra de cinéaste pour une chambre de photos de studio, de celles d’un Félix Nadar (qui a d’ailleurs photographié Jeanne Duval) ou encore de celles d’ Henry Peach Robinson (qui fait la couverture du programme de l’Opéra de Paris). Comme autant de témoignages d’une époque révolue, ses images fixes chantent le feu et le spleen verdiens de Traviata.
Les décors (Sylvain Chauvelot) sont démesurés parce que rien n’est ordinaire dans la vie de Violetta ! Demi-mondaine et non femme banale, son lit monumental au I peut contenir l’impressionnante foule d’hommes en noir qui hante son quotidien (le Chœur). Au II, un splendide arbre géant abrite le gigantesque amour de Violetta et Alfredo, défi hors-norme à la morale sociale. Les fines lumières d’André Diot jouent dans le feuillage et sur la robe crème de Violetta, recréant les ondes lumineuses des scènes champêtres chez Edouard Manet et parfois Pierre-Auguste Renoir. Hommage à la peinture à couper le souffle ! Comme une sentinelle accolée à l’arbre rédempteur, un énorme et riche escalier citadin se dresse, mémoire et destin de la vie dissolue de Violetta. Continuo obsédant et visionnaire, le fond de scène noir opaque annonce le deuil à chaque instant.
   Cette Traviata est forte parce que Benoît Jacquot sait tellement bien nous dire combien il aime le romantisme ! Si la forme en est complètement différente de celle de son Werther, il nous fait faire le même voyage, il nous accompagne dans une tragédie d’amour et de mort par des chemins de beauté, beautés d’images mélancoliques et de chants fervents.

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Une TRAVIATA ne chasse pas l’autre…

   Les deux Traviata (Verdi) à l’Opéra-Bastille dans la mise en scène de Benoît Jacquot m’ont vivement émue. Je veux parler de Diana Damrau, vue et entendue le 07/06/2014 et d’Ermonela Jaho, le 14/09/2014. Elles ont en commun une maîtrise phénoménale de l’instrument et la passion du rôle qui rend plus électrique leur présence en scène. Mais elles sont dissemblables par leurs typologies vocales respectives et le théâtre que chacune donne à voir.
La Violetta d’Ermonela Jaho a la fragilité et la vivacité de la jeunesse. Voix, corps, mains, tout en elle chante, raconte éperdument le drame, fait jaillir l’émotion. La tragédienne, timbre de velours et cristal, vibre dans un chant ample, aux graves tendres, aux aigus radieux, aux longs pianissimi bouleversants.
Le théâtre de Diana Damrau est lui essentiellement chanté. La voix melliflue cisèle la partition. Le flot de couleurs données aux mots, aux phrases et l’extraordinaire variété des inflexions peignent amoureusement les sentiments de sa Violetta. Cette Violetta est une forte personnalité, plus volontaire qu’instinctive, plus révoltée que résignée par son sort, et donc tellement inhabituelle. Cette non-conformité à la majorité des Traviata et la lumineuse virtuosité de la Damrau touchent profondément.
Evidemment il n’y a pas de Violetta sans Alfredo Germont. Celui de D.Damrau, le talentueux Francesco Demuro, chante et joue impeccablement, mais la voix n’a pas encore atteint le calibre suffisant pour une salle aussi grande que l’Opéra-Bastille. En revanche, Francesco Meli (le 14/09/2014 avec E.Jaho) est l‘Alfredo adéquat. Et c’est avec délectation que l’on plonge dans les charmes de son chant élégant, généreux et sensible, qui tient largement les promesses de son Manrico à Salzbourg cet été.
Venons-en au déclencheur du drame, l’indispensable Giorgio Germont. Certes, Dmitri Hvorostovsky (le 14/09/2014 avec E.Jaho) est un père Germont à la voix somptueuse et aux indéniables qualités musicales, mais le personnage n’est pas assez caractérisé, à mon goût. (Méforme passagère, peut-être…). Au contraire, Ludovic Tézier (le 07/06/2014 avec D.Damrau) a voulu son Giorgio Germont détestable, appuyant constamment son monde intérieur, rigide et conservateur, sur une canne de marche qui fait corps avec lui. L’interprétation est fine, le chant fervent et la diction parfaite.
On ne peut pas oublier non plus les décors fixes et démesurés de Sylvain Chauvelot, qui ressemblent à ces vieilles photographies de studio, faites traditionnellement sur fond noir, que l’on regarde parfois en évoquant la terrible destinée d’un membre lointain de la famille…

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mercredi 22 juillet 2015

ERNANI de Verdi, mes. Jean-Louis Grinda - Monte-Carlo/04.2014 et 11.2014/France3 -

                                   
   L’Ernani de Verdi, à l’Opéra de Monte-Carlo (04.2014 et France3/11.2014), est bâti de Yin et de Yang. Yin est la mise en scène de Jean-Louis Grinda, univers de tableaux aux beautés intenses, plutôt statique, complément et réceptacle du Yang de cette partition verdienne, forte d’une énergie éclatante et obstinée.
   Jean-Louis Grinda respecte la période Renaissance du livret. Il en utilise le « chiaroscuro » de sa peinture à travers les lumières envoûtantes du talentueux Laurent Castaingt. D’époque eux aussi, les fastueux costumes de Teresa Acone dynamisent et enchantent la mise en scène par leur grande variété et leurs changements à chaque acte. Et le très astucieux jeu de miroirs, en fond de scène, accentue certains passages, crée un discours visuel supplémentaire et donne du panache à l’ensemble, en reflétant les personnages et les décors sobres mais recherchés d’Isabelle Partiot-Pieri (belles images filmées de Stephan Aubé). Au I, la fine stylisation d’un des panneaux de « La Bataille de San Romano » du peintre Paolo Uccello (vers 1456) souligne, d’entrée de jeu, le ton guerrier de l’œuvre. Ses ocres, terres de Sienne et rouges sombres nourrissent l’ardeur des notes de Verdi. Et ce sont aussi des fragments de cette bataille, comme des réminiscences rouge sang, qui ourlent le haut des murs du château de Don Ruy Gomez de Silva, au II. L’âme sertie d’acier de ce Grand d’Espagne brille dans le froid étincelant de ces heaumes et cuirasses exposés, chez lui, sur des colonnes en enfilade. In fine, pour le noces d’Elvira et d’Ernani, au IV, immense tente couleur ciel, aux drapés soyeux, parsemés de lys et d’étoiles d’or. Vision de rêve pour issue tragique.
   Pour ce qui est des voix, nous sommes au paradis. Le chant de Ramon Vargas/Ernani est la grâce même, sincère, naturel, fruit d’une patiente recherche d’équilibre entre virtuosité et vaillance. Si la ligne vocale est déliée, le son reste toujours plein, incarné, prêt à bondir sur les cimes de la tessiture, sans perdre la liquidité du phrasé, sur un souffle rigoureusement maîtrisé. R.Vargas donne jeunesse et impulsivité à son Ernani, par la tendresse lumineuse inhérente à son timbre et un héroïsme vocal débridé. Magnifique Elvira de Svetla Vassileva, pourtant souffrante. Voilà une musicienne chevronnée, vocalises et ornements soignés, nuances délicates, grande expressivité. Dès lors, les quelques aigus criés et certains passages un peu plus laborieux passent à  la trappe. Tout au long de la tragédie, S.Vassileva façonne une Elvira profondément tourmentée, aimante et forte. Verdi a fait la part belle au personnage de Don Carlo, présent aux trois premiers actes et auquel l’ActeIII est dédié. Ludovic Tézier/Don Carlo déploie ici toutes les facettes d’un art vocal consommé. Son legato, infini, confère l’onctuosité nécessaire à sa déclaration d’amour à Elvira (ActeI/« Da quel di che t’ho veduta… »), va tissant les pensées de sa méditation
(ActeIII/« Scettri, dovizie, onori…Oh de verdi anni miei… »), et porte gravement, adagio, l’annonce de sa clémence de nouvel empereur (ActeIII/« Oh sommo Carlo… »). Quelle leçon de chant phénoménale que le « Vieni meco sol di rose… » au II, interprété exclusivement piano et pianissimo, avec tous les allègements de la terre, air où Don Carlo invite Elvira à partager sa vie ! Chaleur du bronze et matité de l’étain, la voix ample et enveloppante d’Alexander Vinogradov/Don Ruy Gomez de Silva ensorcèle. La pureté de ce chant abyssal, très ferme mais toujours ductile, force le respect. Et, dans les ensembles avec Chœur, les quelques fugitifs et sublimes entrelacs de pulpes vocales sombres et généreuses (L. Tézier et A. Vinogradov) sont autant d’instants de béatitude. Le Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo, divinement préparé par Stefano Visconti, a mille nuances à l’archet, dans une œuvre où il pourrait se contenter d’épater la galerie par le seul volume sonore. Les comprimari, tous excellents, se mêlent parfaitement aux protagonistes, la Giovanna de Karine Ohanyan, comme le Don Riccardo de Maurizio Pace et le Jago de Gabriele Ribis.
   Une bonne direction musicale d’Ernani ne passe-t-elle pas obligatoirement par une gestion supérieure des forces rythmiques sur l’ensemble de l’œuvre ? Car, malgré l’importance de la mélodie, c’est le rythme qui est prépondérant ici. Et j’oserai dire que ça balance bien chez Daniele Callegari. De plus, il crée un monde extrêmement riche en couleurs, formes et intensités et ses tempi restent dans une zone de confort pour les voix, d’où un très grand plaisir auditif . Enfin, en estompant le caractère martial de cet opéra il met en lumière les autres émotions dramatiques.
   En conclusion, une production d’Ernani subtile, virtuose et esthétique.

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mardi 21 juillet 2015

LUISA MILLER de Verdi - mes. Jean-Claude Fall/Liège/12.2014 et mes.Gilbert Deflo/Paris-Bastille/2008 et 2011 - STATIQUE MAIS MAGIQUE-


   Qualifier une mise en scène de statique est décidément tout-à-fait insuffisant. Constat après avoir vu trois fois le Luisa Miller de Verdi, deux fois dans la mise en scène de Gilbert Deflo, à Bastille en 2008 et 2011 et, cette fois-ci, dans la mise en scène de Jean-Claude Fall, à Liège en décembre 2014 -sur Culturebox et Medici-TV.
Il y a la mise en scène statique, qui se tire elle-même une balle dans le pied, frôlant dangereusement l’inanimé, et que seuls les chanteurs peuvent aider, voire sauver, je veux parler de celle de G.Deflo. Et puis il y a la mise en scène statique, qui facilite la lecture du drame et sait donner du relief à l’écriture vocale, comme celle de JC.Fall.
Chez G.Deflo, hormis les cieux qui finissent par s’assombrir, tout respire une immuable tranquillité, la petite maison dans les montagnes, les jolis costumes couleurs pastels, la sage foule de paysans, bref, une esthétique d’un naïf charmant mais surchargé et soporifique. Une sérénité qui plombe musique et tragédie. Et, cerise sur le gâteau, une direction de chanteurs-acteurs sans contrastes ni aspérités, qui entrave l’expression des passions verdiennes. Pour sortir de l’ornière cette mise en scène maladroite, il a fallu, en 2008, le Rodolfo vaillant et désespéré de Ramon Vargas, avec son « Oh fede negar potessi…quando le sere al placido… » appassionatissimo, au II, l’impressionnant duo Walter/Ildar Abdrazakov et Wurm/Kwangchul Youn, toujours au II, et un final bouleversant de bout en bout, avec Luisa/Anna-Maria Martinez, Miller/Andrzej Dobber et Rodolfo/Ramon Vargas. En 2011, ce sont la lumineuse Luisa de Krassimira Stoyanova et le Rodolfo arc-en-ciel de Marcelo Alvarez qui tirent toute la représentation vers le haut.
La mise en scène de JC.Fall, elle, m’est apparue tout d’abord comme indigente, manquant d’action et plutôt laide, quoique diablement fonctionnelle, avec son décor binaire, forêt-château, astucieusement articulé par d’énormes vérins. Mais ce dépouillement scénographique, mêlé à la simplicité des costumes -années 1930- rehausse les forces émotionnelles de la partition. Comme si la rareté des images renforçait les richesses sonores. La direction des chanteurs-acteurs va dans ce même sens, recherchant l’expressivité maximum chez chaque interprète. A partir de là se produit cette union sublime des énergies artistiques et créatives de ce Luisa Miller, ce « miracle d’une alchimie », dont parle Christophe Rizoud/Forumopera/29.11.2014.
   Et dans ce mystère d’alliages délicats, deux puissantes et rutilantes locomotives belcantistes mènent le bal, Patrizia Ciofi/Luisa et Grégory Kunde/Rodolfo. P.Ciofi, avec son amour urgent et absolu de la scène, délivre chant et jeu de l’extrême, extrême virtuosité, sentiments extrêmes. Au sommet de sa douleur, Luisa demande à Wurm de lui rendre son père, « Il cor tu m’hai squarciato… » (Tu m’as déchiré le cœur), au II. A ce moment P.Ciofi rentre dans une transe de la désespérance, qu’elle peint en fin de scène par une ornementation personnelle, stupéfiante. Puis elle vivra dans un état de déchirement intérieur irréversible, jusqu’à sa mort par empoisonnement. L’incarnation est poignante par sa justesse. Vaillance du lion et mécanique sophistiquée, G.Kunde est un colosse au chant racé. Dans le bleu si tonique de son regard vibre sa flamme dans l’art. Son Rodolfo ne cherche pas à se rapprocher du jeune homme du livret. Son Rodolfo, c’est tout simplement lui, un homme de soixante ans, ici amoureux fou de Luisa. Interprétation brillante teintée de touchante vraisemblance. Avec bonheur aussi, le jeune Nicola Alaimo est le vieux Miller. Dans la véhémence comme dans la douceur, avec son italianità classieuse et ses couleurs en abondance, son baryton chaleureux sied parfaitement à ce rôle de père aimant et protecteur. Vivement son Guillaume Tell/Rossini à Monte-Carlo en janvier 2015 !
Pour ce qui est des seconds rôles, Luciano Montanaro est un Conte di Walter oscillant entre beau chant et engorgement. Dommage car le timbre est intéressant. Cristina Melis est une Federica a la grande musicalité et le Wurm de Balint Szabo est pervers et détestable , comme il se doit.
   A la baguette, Massimo Zanetti analyse et caractérise chaque climat-et ils sont nombreux ici ! Par une éloquence orchestrale détaillée et toujours colorée, il parvient à unifier une partition hétéroclite, mosaïque de formes belliniennes, donizettiennes et du Verdi dramatique en devenir (Traviata, Otello, Rigoletto…).
   On peut lire, ça et là, que Luisa Miller n’est pas le chef-d’œuvre de Verdi…Thèse démentie par cette production de Liège, avec son plateau vocal en état de grâce, en communion totale avec les forces orchestrales et la mise en scène. Luisa Miller a une place de choix dans la nébuleuse verdienne, celle de l’étoile-trouvetou, de l’étoile laboratoire, originale, inspirée et par là-même passionnante.

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dimanche 5 juillet 2015

STEFANO SECCO, ténor, 07/2015.


    « S’avanza il re » chante Oscar/Kathleen Kim et Gustav III/Stefano Secco entre en scène. C’est au tout début de « Un Ballo in Maschera » de Verdi, version Royaume de Suède (mes. Alex Ollé), en streaming sur le site de La Monnaie en juin 2015.
Disparu de mon écran-radar depuis un Hoffmann radieux, entendu à Bastille en 2012 (Offenbach/mes. Robert Carsen), Stefano Secco y revient dans un rôle qui lui tombe sans un pli dans la voix. En trois ans l’évolution du chanteur-acteur est saisissante. S’il a toujours pris son chant à-bras-le-corps, son tempérament fougueux s’est aujourd’hui enrichi d’une sereine assurance, qui n’omet pas pour autant un excellent contrôle vocal. Son théâtre, souvent intense, a visiblement gagné en cohérence par une meilleure concentration des émotions du jeu et de la musique. La voix s’est élargie, le timbre est plus dense. Maintenant ce soleil a des reflets cuivrés. S.Secco est entré en maturité, par les rôles et par l’âge. Je suis éblouie par la synthèse faite des éléments qualitatifs de sa technique vocale, particulièrement remarquable dans son récit et air :
« Forse la soglia attinse…ma se m’e forza perderti » à l’ActeIII/Scène2 de ce « Ballo » !
Flash-back…
En 2008 dans le « Rigoletto » de Verdi entendu à Bastille (mes. Jérôme Savary), le « buon canto » soigné et pétillant d’un Duca Di Mantova latin en diable attire mon oreille. Le souffle est long, la voix bondit sur un soutien solide et maniable, les aigus insolents se jouent d’un passage maîtrisé.
26 avril 2009, toujours à Bastille et dans le « Macbeth » de Verdi (mes. Dmitri Tcherniakov), le même S.Secco porte la plainte immensurable de Macduff dans un « Ah la paterna mano » inoubliable. Legato sans faille, inflexions stylées et nuances généreuses servent une interprétation ô combien sensible et sincère.
Passons à son Rodolfo de « La Bohème » de Puccini, 18 novembre 2009/Bastille/mes. Jonathan Miller. Le cœur de son poète d’amour et de désespoir explose dans les longues lignes de chant pucciniennes. Le timbre clair et frais a les mille couleurs de la jeunesse. La dégaine est décontractée mais le phrasé reste rigoureux.
Certes, S.Secco aime voyager dans d’autres répertoires, dont Puccini, mais revenir à Verdi me paraît essentiel en ce qui le concerne. Lumineux dans ses déchaînements d’héroïsme comme dans son lyrisme romantique en Infant Don Carlo (Bastille/14.03.2010/mes. Graham Vick), il me convainc de l’inclination de son talent pour la musique du Maestro di Busseto. Sa diction italienne, étudiée notamment avec Renata Scotto, sert exactement le théâtre verdien. Elle est pour moi l’égale de la diction française de Roberto Alagna. Tonicité du mordant ou cantabile soyeux, son Italien demeure limpide, supérieur. Respiration fondamentale apprise avec Franco Corelli (Opéra Magazine n°48/Michel Parouty), chant « di slancio » bouillant, gloire et couleurs des aigus, registres unis et confortables…tout est bon chez notre ténor milanais pour célébrer l’appétit dramatique de « Big Boss Peppino ». Oui, Verdi et Secco se comprennent à demi notes !
Autre caractéristique réjouissante, quel que soit le compositeur interprété, le « canto secchiano » accorde une égale importance au rythme et à la mélodie dans sa construction du discours musical. Cette voix contient en elle les forces de la danse, peut-être l’empreinte de ses études de percussionniste professionnel auprès de Tullio Di Piscopo.
Avec cette opiniâtreté qui se lit dans le regard et dans le geste, avec cette saine manie de mordre dans son art à pleines dents, avec la classe de l’artiste qui paye toujours cash sur scène, Stefano Secco sera bientôt Rodolfo dans « La Bohème » à Turin en juillet 2015 et Mario Cavaradossi dans « Tosca » à Venise en septembre 2015. Deux de ses Puccini où tendresses ondoient et passions flamboient. En attendant la sortie de son premier album solo « Crescendo », chez Delos en novembre 2015 (voir son site).

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mercredi 3 juin 2015

CAV & PAG, de Mascagni et Leoncavallo, mes. David McVicar - MET/ciné-live/25.04.2015 - DUE SQUARCI DI VITA -

                                                          DUE SQUARCI DI VITA
                                                           (deux tranches de vie)

Cavalleria Rusticana de Pietro Mascagni, livret de Giovanni Targioni-Tozzetti et Guido Menasci,
Pagliacci, musique et livret de Ruggero Leoncavallo.
Le 25 avril 2015, au MET, diffusion en direct au cinéma.

   C’est au MET que « CAV & PAG » ont été donnés ensemble pour la première fois, le 22 décembre 1893. Union déjà centenaire, grâce à leurs ressemblances désormais légendaires, comme à leurs fécondes dissemblances, en général assez peu évoquées. Pour socle commun, le mouvement vériste chantant deux drames de la jalousie, courts et denses, percutants, tirés de deux faits divers du XIXème siècle, dans le Mezzogiorno italien (Sicile et Calabre). En revanche, climats musicaux et ressorts dramatiques sont eux parfaitement hétérogènes.
« La difficulté du personnage de Santuzza est qu’elle vit dans la souffrance. Elle souffre constamment du début à la fin. Elle est désespérée. Impossible de s’éloigner de ce sentiment, même une seconde. C’est un opéra court, mais aussi marquant qu’un long opéra de Wagner, pour ce qui est des émotions provoquées. » dit Violeta Urmana, (Documentaire, Cavalleria Rusticana/Pagliacci, Production de Giancarlo Del Monaco pour le Teatro Real de Madrid, 2007, Medici.TV). Les mots de cette Santuzza bouleversante résument bien le génie du CAV de Mascagni, partition fascinante par sa capacité à peindre tous les stades, les nuances, les intensités d’un même sentiment, la douleur. « Con dolore, con disperazione, con angoscia, con terrore », …les didascalies mascagniennes creusent, lancinantes, le sillon de l’inévitable tragédie. Alors que Leoncavallo dans PAG, «  con eleganza » et par petites touches, utilise toutes les couleurs de la vie, méli-mêle bonheur et malheur. Les rires du public ne s’éteindront qu’au pied de la déferlante de violence meurtrière de Canio/Pagliaccio, en fin d’opéra.
CAV est une succession de face-à-face entre les différents protagonistes. Et, si le chœur est important, sa fonction est essentiellement descriptive ; l’annonce de la mort de Turiddu, « Hanno ammazzato compare Turiddu ! », phrase ultime, reste sa seule réelle participation aux évènements. La construction dramatique de PAG est plus variée. D’entrée de jeu, le « Prologo » de Tonio/Taddeo, en solo, concentre les spectateurs. Puis l’acte I expose l’intrigue dans les confrontations de personnages. Et l’acte II, théâtre dans le théâtre, donne « La Commedia » au dénouement sanglant. Toujours dynamique, le chœur, public des Pagliacci, écrit lui aussi l’histoire dans des dialogues très animés, pendant la parade (I) et pendant le spectacle (II).
Avec plus de composantes scéniques, PAG semble plus facile à mettre en scène que CAV. Et, souvent, dans ce jumelage, la mise en scène de PAG est plus aboutie.
   Au MET (25 avril 2015 au cinéma), David McVicar (metteur en scène) s’appuie sur la base sociologique de chaque livret et donne ainsi de la profondeur à son « CAV & PAG ». L’esthétique dépouillée de son CAV est lourde de sens et l’exubérance de son PAG bénéficie d’un plus, l’inspiration.
Pour l’acte unique de CAV, décor unique de Rae Smith. Tout se passe là, sur cet immense parquet tournant de bois noir, toujours entouré de nombreuses chaises noires elles aussi, vides ou occupées ; comme dans les village siciliens, fin XIXème-début XXème, où la vie est avant tout communautaire, où le collectif voit et sait tout, où les hommes se font encore justice eux-mêmes. Une table, une seule, celle de la taverne de Mamma Lucia, où Alfio paradera, où vont se confronter Turiddu et Santuzza et où Turiddu boira avant de mourir en duel. Une procession et messe de Pâques stylisée, avec un chœur debout, vibrant de tout son corps dans ses prières. Ici ce sont le noir, l’obscurité qui captivent, dans les décors a minima, dans les costumes sévères et sombres (Moritz Junge), nuit des âmes rudes, façonnées par une Sicile pauvre, dure, impitoyable. Et parfois la sauvagerie des danses viendra ponctuer les vocalités déchaînées. L’austérité scénographique révèle la direction des chanteurs-acteurs efficace et limpide, proche du caractère spontané, impulsif de l’écriture musicale. L’engagement théâtral des chanteurs est d’ailleurs saisissant.
A commencer par Eva-Maria Westbroek, Santuzza immergée dans les affres du désespoir. Voix ample et chaude, au dolcissimo legato, traversant toutes les strates de la jalousie, souffrance et passion, fureur et culpabilité, personnage en évolution constante. Son duo avec Turiddu/Marcelo Alvarez est un séisme et sans doute le sommet émotionnel de ce CAV. Le Turiddu de M.Alvarez est idéal, qui allie impétuosité et fierté de l’époux dominant avec Santa et tendresse la plus inouïe avec sa mère Mamma Lucia. Si son chant a l’ardeur et la générosité requises, M.Alvarez y inclut, à bon escient, sa palette de nuances, sa marque de fabrique de toujours, jeu désaltérant d’ombres et de lumières. Entreprise pour le moins difficile dans ce rôle qui navigue le plus souvent entre haut-médium et aigus, sollicitant sans cesse la zone de passage. George Gagnidze, quant à lui, est un Alfio remarquable, à l’autorité cinglante et à l’amour-propre inquiétant, servi par la noirceur impénétrable du timbre et une vigueur vocale impressionnante. Mezzo sombre et caressant pour Lola/Ginger Costa-Jackson et une Mamma Lucia/Jane Bunell à la voix usée mais impeccable musicalement.
Pour D.McVicar, CAV est la nuit mais PAG est le jour, malgré la même issue fatale. Un jour qu’ensoleillent de joies les facéties d’une troupe de clowns ambulants, qu’il s’attache à décrire par le menu détail et avec brio. C’est un petit cirque traditionnel du XXème siècle, vers 1950 environ, dont le camion poussif tombe en panne dès son entrée dans le village, dont la piquante Nedda/Colombina déboule sur un cheval emplumé, dont le « Prince des Paillasse qui chasse les soucis », Canio/Pagliaccio, apparaît triomphant et juché au sommet du camion décoré pour la parade, sous les applaudissements rythmés de la foule et une large pluie de confettis. Trois clowns muets (Marty Keiser, Andy Sapora et Joshua Wynter) font moult acrobaties très réussies et très ratées, puis déchargent les bagages avec moult bêtises désopilantes. Ils feront de la pâtisserie dans « La Commedia » du II, avec Colombina moulée dans un sexy-costume de danseuse-acrobate. Les gags arrivent en avalanche, parfaitement réglés sur la musique. Aux délirants ébats pâtissiers succède l’arrivée de Taddeo/Tonio, ventriloque qui fait parler un poulet. Taddeo finit dans le frigo et le poulet cuisiné pour le dîner des amoureux Arlecchino et Colombina. C’est d’une précision d’horloger, c’est vif, tordant, époustouflant. Cette clownerie, virtuose et débordante, décuple l’impact de la terrible tragédie à suivre. Le théâtre et la vie, qui ne sont pas la même chose, deviennent une seule et même chose pour Canio/Pagliaccio, trompé par sa femme Nedda/Colombina, dans la vie comme au théâtre. Ne supportant plus cette comédie, il tue Nedda sur scène, ainsi que son amant Silvio venu à la rescousse.
Le Canio de Marcelo Alvarez sidère dans cette fin d’acte II, énergie colossale et violence du désespoir, sans bornes. Le Canio de M.Alvarez, gorgé de couleurs, clown attendrissant, mari bonhomme et buveur invétéré, dont le caractère sanguin éclatera en découvrant l’infidélité de sa femme. Dans son « Vesti la giubba », là où tout le monde l’attend, la souffrance est abyssale, nue, dans un chant éperdu, digne des plus grands Canio. Nedda, elle, n’a rien de la fragile Gelsomina (La Strada/Fellini), à laquelle on la compare souvent. La Nedda de Patricia Racette est une femme volontaire, pétulante, que seule une rayonnante sensualité adoucit. L’actrice est exceptionnelle, notamment dans « La Commedia » du II. Le lyrisme vocal touche (« Stridono lassù » ActeI/Scène2), mis à part quelques aigus tendus et un vibrato parfois gênant. Si l’amant Silvio/Lucas Meachem a tout du body-builder fantasmé, le chant reste terne, quoique bien conduit. Peut-être un problème de sonorisation pour le live au cinéma ? Clown en habit de lumière et micro factice à la main, dans un « Prologo » grave et sibyllin, puis Tonio/Taddeo libidineux et brutal, s’acharnant sur une Nedda qui se refuse à lui, George Gagnidze est phénoménal de jeu et de voix. L’expressivité est soignée, l’italien maîtrisé et la projection somptueuse. Et, comme si le conteur du prologue finissait son histoire, il a à charge de dire le funeste « La Commedia é finita », conclusion qui revient habituellement à Canio. La tradition est bousculée mais l’idée n’est pas sotte. Reste le Peppe/Arlecchino d’Andrew Stenson, timbre clair et lumineux, enjôleur dans son air « O Colombina » (II).
Dans ces deux œuvres, un Chœur du MET proche de la perfection, musique chatoyante et bonheur de la scène palpable.
La direction musicale  de Fabio Luisi, à la tête de l’Orchestre du MET, n’est pas sans rappeler les raffinements de Tullio Serafin. Son CAV est un long lamento instrumental, résonance pathétique des tourments du chant. Son PAG entrelace, avec une souplesse prodigieuse, comique gracieux, flammes lyriques comme éruptives désespérances.
Un « CAV & PAG »  électrisant, mise en scène solide, plateau vocal allumé et fosse sensible à fleur de peau.

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mardi 12 mai 2015

LA FAVORITE de Donizetti, mes.Vincent Boussard - Toulouse/16.02.2014/Culturebox -

 De Gaetano Donizetti, version française, livret de Gustave Vaëz et Alphonse Royer.
Théâtre du Capitole, Toulouse, le 16.02.2014, sur Culturebox.

   Cette Favorite tient du miracle, si l’on en croit les comptes-rendus de nos chers critiques ! Changements de distribution à tire-larigot, cinq jours séparant la générale de la première et, cerise sur le gâteau, une panne informatique qui aurait pu mener à l’annulation de la représentation du jour de la Saint-Valentin, le 14 février 2014. « E pùre (et pourtant)…cette production est de haute tenue, animée par un professionnalisme impressionnant, si l’on en juge les difficultés rencontrées.
   On aime avant tout un plateau vocal bouleversant par la somme de ses beautés belcantistes. Dès le premier air de Fernand, « Un ange, une femme inconnue… », on est ému par les qualités du jeune Yijie Shi, annoncé comme remplaçant quelques semaines seulement avant la première. Tout y est, homogénéité des registres, facilité du passage, legato, aigus brillants et nourris, graves bien présents, pour ne parler que de l’essentiel. Il colore son Fernand de nuances d’une grande tendresse et sert profondément l’élégie donizetienne. Sans faillir, Yijie Shi relève et remporte ici un défi de taille !
Sa Léonor De Guzman, l’opulent mezzo Kate Aldrich, nous enveloppe de sa voix aux caresses mordorées et à la flexibilité appréciable.
Seule petite déception, ces deux matériaux sonores (Y.Shi et K.Aldrich) ne sont pas bien appariés. Peut-être une question d’amplitude vocale.
Ludovic Tézier, Alphonse XI…royal ! Royal d’allure, de jeu, de timbre. Rigoureux artisan d’un instrument et d’une technique en tous points admirables. Musicien de cœur, insufflant le style jusqu’au bout des sons. Et travail d’acteur qu’il fait sien à chaque nouveau rôle un peu plus. Si Renée Fleming est surnommée « double crème », je surnommerai Ludovic Tézier « triple ganache ». Son premier air, au II, « Jardin de l’Alcazar, Léonor, viens j’abandonne… » nous plonge dans un bonheur contemplatif et reconnaissant. Son premier duo avec Léonor, « O mon amour, o chaste flamme… » annonce la prochaine désunion des amants mais scelle l’enlacement de deux voix dont l’harmonie sombre et majestueuse est délice pour nos oreilles.
L’Inès de Marie-Bénédicte Souquet est convaincante de bout en bout, son soprano léger colorature alliant joliesse et solidité.
En revanche, le Don Gaspar d’Alain Gabriel et le Balthazar de Giovanni Furlanetto sont plus faibles vocalement. Louons toutefois leur fort investissement scénique.
Un Chœur du Capitole remarquable, particulièrement dans les ensembles avec solistes.
On s’enflamme pour cette partition qui prodigue abondance d’airs, à la veine mélodique intarissable. De cavatines plaintives en cabalettes martiales, cette Favorite est magnétique.
Antonello Allemandi a compris les attraits de ce Donizetti. Il en préserve totalement le luxe vocal et n’impose l’orchestre que quand il le faut. Il veille à de sages équilibres, préférant une fermeté structurante à un pathos débordant. Une direction musicale efficace.
   La mise en scène (Vincent Boussard) mêle simplicité (décors de Vincent Lemaire) et sophistication (costumes de Christian Lacroix et lumières de Guido Levi) pour inventer un monde onirique, chaleureux et attachant.
Qu’il s’agisse du couvent ou du Palais de l’Alcazar, les éléments du décor restent les mêmes : un ciel, de hautes arcades en trompe-l’œil se détachant dessus, un mur miroir permettant le redoublement de chaque scène, un escalier invisible en fond de plateau d’où arrivent et repartent chœur et protagonistes, un sol miroitant, quelque accessoires.
Mais cette structure permanente est constamment modifiée par la couleur et la lumière.
A chaque scène son ciel. Chacun comme un poème, aux teintes fondantes, turnériennes.
Les costumes nous transportent. Ils marient l’ancien et le moderne, comme l’habit des courtisans, long blouson noir , actuel, surmonté d’une demie-collerette plissée, immaculée, parfum d’un ailleurs médiéval. Ils juxtaposent des étoffes aux trames délicates et complexes (Alphonse XI) et rendent précieux chaque personnage avec leurs coupes asymétriques (Inès). Pour les dames de la cour, des robes volantées aux tons acidulés, crus, peu communs. Symphonie de couleurs ensorcelantes, aux déplacements savamment orchestrés, peintures vivantes, rappelant El Greco et son maniérisme. Kate Aldrich, quant à elle, est somptueusement vêtue, mais elle est plus, ici, la « fashion poupée » de Christian Lacroix que la Léonor du drame, surtout au IV.
Un ovni dans cette mise en scène : la valise de Fernand, dorée, phosphorescente, étrange accessoire dont on ne comprend pas bien l’esthétique ni le sens, sinon qu’elle apparaît à chaque fois que Fernand change d’univers, d’abord pour aller du couvent à la cour d’Alphonse XI puis retour au couvent.
La direction des chanteurs-acteurs de Vincent Boussard, sobre et équilibrée, intègre parfaitement le chant à une gestuelle au rendu naturel.
Enfin, les expertes lumières de Guido Levi s’unissent aux miroitements et reflets, estompent et se focalisent pour rendre les images irréelles.
   Ce qui plaît et touche dans cette production c’est l’amour que l’équipe de mise en scène porte aux chanteurs et à la musique et qui se lit dans ce souci de leur donner le meilleur dans leurs arts respectifs.
                                                                                                               
ACTUALITE : Sortie en DVD et BLURAY, 05/2014.

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- Dépôt SACD n°277418 -

























                                                                                                                         


LA FINTA GIARDINIERA de Mozart, mes. David Lescot - Lille/03.2014/Medici.Tv et Culturebox - UN VRAI BIJOU ! -

De Wolfgang-Amadeus Mozart, livret Giuseppe Petrosellini ? Ranieri de Calzabigi ?
Opéra de Lille, 03/2014, sur Medici.Tv et Culturebox,
Et à l’Opéra de Dijon, les 9 et 11/04/2014.

Dans cette Finta Giardiniera, ce qui frappe d’entrée de jeu c’est la marque de fabrique de la direction musicale d’Emmanuelle Haïm. Energie et velours chez le Concert d‘Astrée, une musique vivifiante, où le rythme roi ne génère ni sécheresse ni dureté, inscrit dans un phrasé rond, ondoyant, chatoyant.
Tout ici célèbre les dix-huit ans du jeune Mozart compositeur, la fraîcheur et l’habileté des voix, le blanc pur et lumineux des costumes, le voyage des plantes printanières sur le plateau, cette forêt foutraque où se révèlent les amours, enfin une expressivité rigoureusement débordante, aux émois réjouissants, moderne -comme celle de Luca Pisaroni !
Tout ici n’est qu’ensemble et c’est là le grand régal. On aime toutes les voix pour leur savoir-faire et leur recherche obstinée d’un jeu dramatique homogène -Carlo Allemano, Erin Morley, Enea Scala, Marie-Adeline Henry, Marie-Claude Chappuis, Maria-Virginia Savastano, Nikolay Borchev. On aime cette mise en scène délicate, dont le dépouillement éclaire le ciselé musical, et sa direction de chanteurs-acteurs si soignée, portant au sommet la sensibilité mozartienne -David Lescot.
Cette Finta Giardiniera est le triomphe du charme et de l’engagement artistiques !
                                                                                                                         
ACTUALITE : Sortie en DVD et BLURAY, 05/2015

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